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Sur les rives du Baïkal

Sur les rives du Baïkal

28 juillet – du train aux rives du Baïkal

Un train glisse sur ses rails vers la gare d’Irkutsk…

Le train a ralenti sa course à l’approche d’Irkutsk et les lumières de la ville grignotent peu à peu le paysage nocturne. Quelques passagers s’activent dans le silence. Nous préparons nos sacoches et les cinq vélos empaquetés et prévoyons notre organisation afin de pouvoir sortir toutes nos affaires du train à temps.

Le train s’arrête et la porte s’ouvre sur une fraîcheur aussi inhabituelle qu’inattendue. La région du Baïkal, en raison sans doute de ses eaux fraîches bénéficie d’un microclimat. Les vélos traversent les étroits couloirs du train, les sacoches passent de mains en mains et certains russes, jeunes, mamans, et viellards nous aident avec une spontanéité et un enthousiasme touchant.

L’activité se calme sur le quai, notre conductrice échange quelques derniers mots avec nous, émue… Le transsibérien, la Russie, sont d’incroyables aventures humaines.

Commence alors le montage des vélos. Il est 3h du matin, nos montre sont encore à l’heure du train et de Moscou : 22h. Les rires et les outils s’échangent, chacun dans une excitation grandissante à l’idée de rouler !

Nous attendrons que le jour se lève avec nos amis basques. Prévoyant de nous reposer à Irkutsk avant d’aller se poser sur l’île d’Olkhon, les adieux approchent, prêts à les voir filer vers le Baïkal à 75km.

Roulons ensemble ! 75km vers le Baïkal…

On est naze, mais pas question de se quitter sans avoir roulé ensemble ! Alors changements de plan et voici la petite bande de 5 cyclistes partis pour les rives de la seconde plus grande source d’eau douce au monde.

Si la nuit fût fraîche à notre arrivée (ce n’était pas le cas en Russie occidentale), le soleil tape très fort dans un ciel sans nuage. La nuit blanche et ces infernales montées semblent avoir décidé de nous stopper avant le lac. La route est bien droite et attaque de front les pentes des hautes collines… Bon Dieu que ça grimpe sec… Il n’ont jamais vu des routes en lacets dans le coin ?!

La fatigue nous poursuit, nous peinons à ne pas nous endormir sur nos vélo malgré l’effort à fournir dans ces maudites côtes ! Les arrêts se font fréquent et une mini-sieste s’imposera d’elle-même, étalés tous les 5 sur l’asphalte brûlant.

Un vent frais annonce enfin le lac sur les derniers kilomètres et le paysage se fait magnifique !

Arrivés à Litsvianka, nous nous restaurons rapidement et trouvons un camping (ça existe en Russie ?) à 8€/nuit/tente et posons enfin le camp. Certains iront se baigner, les autres prendront soin de lisser les matelas ! Repos bien mérité, le corps et le cerveau s’éteignent d’eux-mêmes.

29-31 juillet – Litsvianka

Au petit matin nous entendons des voix françaises. Ce sont Liliane et Henri, un couple d’une cinquantaine d’année en vacance pour deux mois avec leur fils Hugo, âgé de 9 ans. Nous lierons très vite d’amitié.

Nos amis basques, eux, prennent le départ en fin d’après-midi, pressés de prendre le bateau qui doit les mener à Irkutsk où un contre-la-montre administratif les attend pour obtenir le visa mongole et quitter le territoire russe avant expiration de leur visa.

Belle surprise, un couple franco-suisse vient prendre leur place au camping. Ils sont arrivés en bateau et nous donne les dernières nouvelles des basques ; Plus de place sur le ferry, ils devront rejoindre Irkutsk autrement. Une seule possibilité, nous le savons, s’offre à eux pour arriver le lendemain matin en ville : y parvenir à vélo.

Un peu rude, quelques heures avant la nuit, sans équipement ni éclairage adequat et surtout, sur une route cernée de forêt dense où il y est difficile de planter la tente. Et puis… Ca va grimper !!! 5 jours pour obtenir un visa et rouler presque 400 bornes parfois en montagne pour atteindre la frontière mongole.

Un lundi au soleil

Nous passons cette journée avec Liliane et Henri à trouver un plan peu onéreux pour rejoindre tous ensemble l’île d’Olkhon distante d’à peu près 150km à vol d’oiseau.

Depuis la partie entre Saint-Pétersbourg et Moscou à vélo, l’envie de rouler n’est plus là. Un état d’esprit surement temporaire. Les paysages défilent, ainsi que les rencontres et il est souvent bon de stationner en un unique endroit. Nous suivons cet instinct et en cette saison touristique près du Baïkal, nous avons nous aussi envie de nous prélasser dans un lieu paradisiaque.

Brume matinale sur le port

Les Posy, sortes de ravioles au poisson, ou comme ici à la viande ! Un délice…

La fatigue est présente depuis trop longtemps et nous n’arrivons pas à récupérer. Les problèmes se sont enchaînés les uns après les autres ; (bug informatique sur la réservation du train, l’agence des ferry qui vend des billets bateau pour le Japon alors qu’il est déjà complet, tous ces foutus codes nécessaires pour pourvoir acheter sur internet, le téléphone d’Elo qui semble être bloqué, montée de stress avant de prendre le train, site internet piraté, estomacs fatigués, béquille cassée, les impôts salés, etc… Nous ressentons le besoin de vivre autre chose que la route.

Nous avions d’ores et déjà décidé de passer quelques « vacances au Baïkal », et nous sommes bien décidés à les passer sur l’île d’Olkhon !

Le soir les campeurs Russes nous invite à goûter le Borsch, sorte de ragoût traditionnel russe. Un esprit de fête s’installe peu à peu dans le camping et nous passerons une excellente soirée, d’une grande convivialité.

Soirée Borch & Samagon… Une franche rigolade avec nos nouveaux amis russes de Krasnaïarsk !

M comme mardi, M comme malade…

Je me sens faible. La nuit fût longue et glaciale, mes intestins ont par trop souffert dans le transsibérien et la soirée de la veille les a achevé. Faut dire que nous avons peu mangé et que le mélange pastèque-concombre + Samogon (vodka faite-maison) n’était pas des plus salvateurs.

Repos forcé, nous ne partirons pas avec nos amis. Espérons que nous les retrouverons sur place ! En attendant, avec Elo qui fait des miracles à mon chevet, il faut reprendre des forces.

1er août – Irkutsk

Nous prenons un autobus qui nous ramène à Irkoutsk. Nous resterons pour la nuit dans une chambre d’hôte où nous préparons un trajet en bus jusqu’à l’île. Nous avons grand hâte d’arriver et de savourer nos vacances.

2 août – Irkutsk / Khujir (île d’Olkhon)

Notre minibus n’est pas équipé de galeries pour transporter nos vélos. De notre gîte à la gare routière, nos montures tiennent entre les sièges, ces derniers étant presque tous vides.

Il fallait s’y attendre, le bus va devoir se remplir et un plan B va devoir se profiler pour acheminer nos vélo jusqu’à l’île ! Ils finiront sur le toit d’un autre minibus.

Pas très agréable de les savoir voyager sur un autre véhicule, de voir son conducteur les attacher « à l’arrache », branlant d’un côté puis de se voir demander par celui-ci combien ils coûtent… La scène va bien durer 30 minutes. Pas très rassurés, les loulous ! Mais on accepte, relevant pour sa plaque d’immatriculation.

Il fallait le voir, le conducteur, balancer les vélos à l’arrache sur la galerie…

L’île se trouve à 280 kilomètres sur une route cabossée. C’est la foire du trône, on fait des bons vertigineux dans la camionnette. Notre chauffeur doit s’entraîner pour le Paris-Dakar, fonçant à vive allure (entre 70 et 90km/h) sur de la piste tantôt boueuse, tantôt sablonneuse, ne choisissant jamais la large route principale mais des variantes étroites  et ondulées comme une mer déchaînée… Je m’imagine les vélos sauter violemment sur le toit de l’autre minibus, priant pour n’avoir aucune réparation à faire, ne souhaitant que du repos.

La route est sublime bien avant d’atteindre le lac, de belles montagnes s’étendent de part et d’autre de la route, et la taïga laisse peu à peu place à un paysage de steppes.

Arrivés à destination, les vélos sont miraculés ! Nous-autres, nous sommes extenués. Le camping que nous avions trouvé sur internet est introuvable, les pensions sont complètes. Nous voici donc, l’œil hagard, à l’entrée de la petite presqu’île du « rocher chamane » , dévisageant le village et ses environs sans la force nécessaire pour avancer vers une quelconque destination. Le repos devient presque urgent, nous sommes lessivés.

Puis Eric vînt à notre rencontre (jingle « allelujah » !), attiré par nos vélos chargés. Il est arrivé à Khujir en 4L depuis la France et compte bien pousser son bel engin jusqu’au japon. Devant notre besoin impérieux de nous poser, il nous apportera notre solution pour l’heure miraculeuse, pour la suite une chance inouïe et une expérience inoubliable. « Je loge chez le seul couchsurfer de l’île, l’homme qui s’occupe de la petite église là-haut sur la colline face au lac. Il s’appelle Serguei et a construit une petite maison dans le seul but d’accueillir des voyageurs comme vous et moi »…

Eric se rasant avec le rétro de sa fidèle 4L qui le mènera de France jusqu’au Japon…

Eric est hébergé par un membre Couchsurfing qui se prénomme Sergeï. Ce dernier est Russe, père de famille mais aussi en charge de la petite église du village. A côté de celle-ci, trônent son habitation et une deuxième petite maison qu’il a construite dans le seul but d’accueillir des voyageurs. Une quinzaine de baroudeurs peuvent y ronfler gaiement !

Eric nous conseille d’aller y demander le gîte. Ni une ni deux, nous partons donc à la rencontre de Sergeï. Son accueil sera chaleureux, enthousiaste. Nous errions comme des âmes en peine un quart d’heure auparavant, et nous voici recueillis dans une jolie maison couchés sur deux lits moelleux !

Philoxenia. Havre de paix pour les voyageurs sur l’île d’Olkhon, par la bienveillance de Sergueï. Merci à toi…

Dehors, la nuit tire son rideau sur cette nouvelle journée, nous sommes confortablement installés et par la fenêtre retentit une douce mélodie qui s’étend sur toute la vallée. Sergueï et son jeune fils sonnent les cloches qui devront pour une quinzaine de jour marquer nos journées.

Quinzaine « Philoxenia » ; entraide, amitié et repos au paradis.

Philoxenia, une maison construite à la force du don divin de soi.

Sergeï est l’un de ces magiciens qui transforment des rêves en réalité. En charge de la petite église de Khujir sur l’île d’Olkhon où il s’est installé voilà quelques années avec sa famille, il n’a pas oublié la générosité et l’hospitalité qu’il eût jadis l’immense joie de recevoir, alors en voyage en Europe. Belle coïncidence, il fût lui-même voyageur à vélo !

Notre homme n’est pas à proprement parler un homme d’Eglise, mais il est incontestablement un homme de foi. Et sa foi a su créer un petit miracle : Philoxenia (« hospitalité » en grec), une belle illustration de la parabole du grain de moutarde. Une petite maison se construit petit à petit à côté de la sienne avec l’objectif incroyable d’héberger les voyageurs qui sillonnent le monde à la rencontre de leurs semblables.

« Pourquoi fait-il cela ? ». Le caractère inhabituel d’une telle démarche soulève évidement tout un tas de questions chez les hôtes de Philoxenia. Une telle débauche d’énergie destinée à Donner à autrui fascine, d’autant plus si rien n’est attendu en retour. Deux réactions notables face à tant de bonté, et nous les connaissons déjà fort bien : la méfiance et le désir de participer corps et âme à cette spirale vertueuse…

Ainsi, nombre de voyageurs engagèrent leur cœur, leurs mains et leur génie dans la construction de cette maison dont la seule existence est destinée à l’entraide. Une belle émulsion positive née de la force de l’exemple.

Nous avons-nous aussi voulu nous joindre au cortège de ceux qui poussent cette belle aventure humaine vers l’avant. Alors au travail ! Nous offrons nos mains dans des travaux de peinture du clocher et des ballustrades, ainsi à la découpe de tasseau dans des planches brutes et à leur pose dans l’étage de la petite maison en vue de lui donner une isolation acceptable pour combattre le rude hiver sibérien.

Elodie en pleins travaux de peinture sur le clocher de l’église

Découpe de tasseaux dans des planches brutes avec Cécile.

Puis pose des tasseaux au plafond …

Ou sur les murs avec les gars (ici : Mateo et Amit)

Quel bonheur de travailler de concerts avec d’autres voyageurs. C’est aussi la joie du don de soi qui opère. Notre expérience à Philoxenia fût presque prophétique.

Broke we are, in search of some cash…

Pas de banque sur l’île. On trouve à Olkhon une cinquantaine d’hôtel, plusieurs magasins mais pas de banque. Nouveau challenge ! Et nous qui pensions enfin être tranquilles durant deux semaines. Nous fouillons nos porte-monnaie et trouvons de quoi payer le bus qui nous ramènera à Irkoutsk et le mettons de côté. Il est possible dans un magasin (ouvert 24h/24 !) de payer par carte bancaire, de quoi nous rassurer… L’idée de se faire un interminable aller-retour à Irkutsk n’est guère pour nous plaire !

Merci à Nico, habitant sur l’île depuis quelque temps, pour son coup de main… Opération virement paypal contre cash réussie, nous voilà complètement tranquille !

Travellers Headquarter !

A Philoxenia, nous avons eu la chance de rencontrer d’autres voyageurs, tous plus sympathiques les uns que les autres et nous passâmes ensemble des moments inoubliables. Rdv sur le Baïkal gelé en 2015 !

En image… :

Il y a toujours quelqu’un pour cuisiner et les repas se prennent spontanément ensemble… Ici l’oeuvre d’Andrea et Marco (à gauche et au milieu)

Amit et Mateo nous ont confectionné un plat israeliens dont ils sont eux sont fiers et dont nous nous régalons sans limite !

Les cousines Cécile et Charlotte un jour de pluie… Partie de belote contrée endiablée !

Franche soiréeS de rigolade (« avec Amit ici en jaune, j’ai cru me déchirer la rate à force de rigoler  » Antoine)

Après-midis peinture aquarelle et balustrades pour Elo et Ksioucha, cueillette d’herbes pour le thé, et de passionantes discussions

Les malheurs d’Elodie !

Le deuxième jour sur l’île Elo se risque à aller se laver et faire une lessive dans le lac. Elle avait ce matin-là, vu une jeune fille remonter une pente raide menant aux berges et s’est tout naturellement décidée à emprunter le même chemin. Un chiot errant l’accompagne et à chacune de ses tentatives dans la descente escarpée, le chiot se met à aboyer. Les efforts finissent par payer. Rien de tel qu’une toilette dans les eaux fraîches et pures du Baïkal !

Je suis, moi-même, occupé à tout autre chose et l’absence prolongée de ma bell’Elo ne me surprend guère. L’idée qu’elle ait enfin pu trouver un moment pour peindre me traverse l’esprit et me plaît beaucoup. Les eaux profondes du lac s’étendent à perdre de vue derrière le clocher et il fait bon travailler un peu. Nous découpons des tasseaux à partir de planches brutes pour finaliser des travaux dans la maison avec Eric.

Les heures passent et le matériel de peinture d’Elodie est soigneusement rangé dans sa sacoche.

Nous rangeons, avec Eric, nos outils et nous nous débarrassons de la sciure dont nous sommes littéralement couverts. Elo débarque enfin de derrière la colline…

« Il m’est arrivé un truc de fou !!!… Impossible de remonter ! Une heure durant, j’ai tenté désespérément d’escalader le passage que j’avais sauté à l’aller (quand on est fatigué, on fait vraiment n’importe quoi !). Les chaussures mouillées, la roche s’effritant sous mes pieds, les jambes tremblantes, j’ai finalement rebroussé chemin. Que faire ? Appeler à l’aide… Pendant deux heures, je me suis sentie comme une actrice de cinéma, perdue sur une île déserte en criant « Help me, please, help me » (A l’aide, s’il vous plaît, aidez-moi !) en attendant que quelqu’un vienne me sauver. Sauf que dans les films, quelqu’un entend et vient vous chercher.  Finalement, Bingo ! Un petit bateau d’excursion avec 6 femmes et un homme russe à son bord fait finalement son apparition et répond à mon appel à l’aide.

L’une des femmes me regarde et me dit « Sto rouble » (100 roubles). Quoi ? Je m’installe dans un recoin du bateau pour oublier leurs rires mauvais et moqueurs. Quelques rives plus loin, la plage ! Je les regarde alors et leur demande « Stop, stop, Pajalousta ! ». La réponse est Niet ! Dieu sait où ce maudit bateau va me mener et quand je vais enfin rentrer… Les larmes commencent à monter. Une autre plage, mais rien à faire, ils ne s’arrêtent pas et leurs rires me sont cruels ! L’heure de la délivrance arrive enfin et je saute sur la terre ferme sans me retourner ».

Philoxenia dans la tempête

Merci à toi Sergueï ! Malheureusement, à l’heure où je réécris ces lignes, tu me donnes des nouvelles sombres de ce petit paradis que tu as construit au prix d’un dur labeur avec tes hôtes. L’Eglise vient de vous pousser toi et ta famille hors de tes propres murs et le fruit de ton travail tombe entre ses mains seules. Puissent-ils utiliser ces lieux nés de la bonté humaine à d’aussi nobles desseins.

En attendant, la réalité à laquelle toi et ta famille font face est bien difficile et nous vous souhaitons de tout coeur de pouvoir reconstruire rapidement une nouvelle maison et ce dans de bonnes conditions. Voici pour le principal, du reste je sais que la renaissance de Philoxenia sur ton nouveau terrain est déjà dans tes projets. Nos prières vont vers toi, puissions-nous un jour revenir œuvrer à tes côtés à l’épanouissement de cette magnifique aventure qu’est Philoxenia !

La libération du barbecue…

Que cela soit bien clair : nous ne sommes absolument pas végétariens. Carnivores nous sommes et ce n’est pas par la force de nos convictions personnelles, si ce n’est une : l’absence prolongée de viande dans notre régime se fait vite péniblement ressentir ! Ce n’est pas faute d’avoir fait l’expérience végétarienne, mais sans viande nous sommes vite réduits à l’état de loque humaine. Que les petites bêtes et les grosses qui peuplent notre planète et qui ne se gênent d’ailleurs pas pour s’entre-bouffer nous pardonnent !

Vous comprendrez bien que l’idée d’organiser un barbecue nous a vite traversé l’esprit, pour finir par l’encombrer. Trouver de la viande ne fût pas aisé, mais le miracle s’est produit, sortant d’un congélateur d’une des nombreuses petites épiceries de Khujir. Au bout de quelques jours c’est donc chose faite : une joyeuse troupe de voyageurs s’activent autour du foyer brûlant aux abords de Philoxenia. De gargantuesques salades se préparent pendant que la viande est débitée et que l’on discourt passionnément de la meilleure manière de cuire la viande !

Un doux atterissage, loin des sphères et des communications planantes d’internet.

Sur l’île d’Olkhon, point d’internet. En tout cas en ce qui nous concerne. Chez Sergueï, pas de connexion. Il y a bien un pseudo café-internet, sans café, au cœur du village de Khujir. Une simple caravane dans laquelle on peut se connecter pour fort cher, après avoir attendu un bon bout de temps. Les doigts une fois sur le clavier du petit laptop, la connexion est tellement lente qu’à notre mémoire revient l’image des vieux modems de 56ko… Dans la pièce d’à côté, un des deux jeunes jumeaux travaillant pour leurs parents suce la quasi-totalité de la bande passante dans un jeu en réseau, tuant le temps et nos dernières velléités de communiquer avec l’extérieur. Le vacarme des armes électroniques sonne le glas de nos communications cybernétiques.

Franchement, dîtes-nous en quoi on avait besoin d’internet et de téléphone ? :

A la plage avec les copains ! Vous croyez quoi ?! Qu’en Sibérie, il y a toujours de la neige ?! L’eau est fraîche mais pure et ravigorante.

Vue sur le BaÏkal et le port en mauvais état. Les grumes au premier plan serviront à reconstruire le quai en hiver : la glace sera cassée à plusieurs reprise jusqu’à atteindre le fond puis les travaux pourront commencer.

Avec internet, on garde un pied sur terre. Sans, le deuxième pied rejoint délicatement le sol. La réalité est dès lors ici et non ailleurs. Elle reprend ses trois dimensions naturelles. Ce qui est loin est loin et nous sommes ironiquement bien plus connectés avec le monde. Certaines habitudes s’effritent petit à petit, le journal est en jachère, les boîtes mails inaccessibles et c’est tout notre environnement qui nous trouve enfin entièrement disponible. La réalité devint à 100% celle du milieu.

Nul doute que cette absence de connexion nous aura aidé à mieux nous connecter avec ce lieu splendide.

Sédentarisation digestive

La nécessité de reposer nos petits corps épuisés par l’aventure transsibérienne, par la chaleur et par la maladie s’était faite évidente dès notre arrivée en Sibérie. Nos têtes joyeusement farcies de belles aventures quant à elles tentaient de poser leurs propres vacances avant notre entrée dans Moscou.

La tête et l’estomac ont tout pour se comprendre et en premier lieu l’indubitable réalité de la digestion. Tant de choses vues, tant de choses vécues et apprises lors de ces derniers mois à traverser l’Europe (la Russie occidentale en fait partie, n’est-ce pas ?!). Le temps est venu de digérer un peu tout ça et de cesser pour un moment le mouvement quotidien que nos vélos nous ont offert !

A Moscou, l’idée était très clairement signifiée dans nos discussions par l’expression « vacances au Baïkal ! ». Il semblerait que nous avons écouté notre corps et notre tête. Bien nous en a pris, ils auraient bien finit par se liguer contre nous !

Voyager sans bouger, une idée qui selon vos références vous rappellerons un l’album de Jamiroquai ou les réflexions de Philippe Tesson lors de sa dernière expérience sur les berges du lac Baïkal gelé. Malgré notre forte admiration pour Jay Kay, la référence la plus pertinente est en l’occurrence bien celle à Tesson, d’autant que le hasard fait bien les choses et que nous avons-nous aussi décidé de nous poser au Baïkal.

Stopper son itinérance, c’est changer d’équilibre. Offrir à son esprit autre chose que de la diversité et du nombre de paysages ou de vécus que l’on glane au fil des kilomètres ; se laisser plonger dans la profondeur et les détails d’un seul et unique endroit du monde. Une sorte, en somme, de sieste digestive et contemplative.

C’était, avant de partir…

Comme souvent par ici, la brume rôde au petit matin sur le Baïkal et ses côtes rafraichies.

Le jour tarde à venir. Des ombres flottent entre terre et ciel dont la grisaille se reflète sur les eaux du lac. Ces ombres, ces Hommes, paraissent attendre la lueur qui sonnera le départ d’une journée d’intense activité. Mais la lumière ne parviendra pas à percer le ciel lourd, nous laissant errer d’une nuit à l’autre.

Demain nous laisserons ce lieu magique derrière nous. Comme souvent, notre esprit prend de l’avance et quitte doucement les lieux avant que le corps ne suive.

Vendredi 17 août – En route vers Irkutsk

Rejoindre la ville…

Ce matin-là, nous nous réveillons dans la petite église où nous aurons passé notre dernière nuit chez Sergueï. Il est 6h et combattant contre le sommeil qui nous rend gourd, nous rassemblons nos affaires autour du camion de notre hôte. Les vélos y sont déjà solidement attachés.

Nous ferons la route avec Mikhaïl, un jeune pétersbourgeois vivant à Amsterdam et nos deux amies françaises rencontrées en ces lieux : Cécile et Charlotte. Le jeune fils de Sergueï est aussi du voyage et s’apprête à découvrir Irkutsk pour la première fois à l’occasion d’une visite chez le docteur. L’arrivée en ville fût pour lui fascinante !

Le club des quatres français à Irkutsk

Pour nous quatre français, c’est le train qui nous attend. Pour nous ce sera en direction de Vladivostok, pour nos amies celle de Moscou. Nous nous étions quitté à la gare le matin avec la ferme intention de s’y retrouver, dès qu’elles pourraient revenir. En attendant, les vélos mis en sécurité à l’Eglise St Nicolas à côté de la gare avec l’aide de Sergueï, nous préparons notre deuxième partie du transsibérien, nous nous restaurons dans la cantine peu chère mais bonne de la gare et nous reposons.

Lorsque les filles arrivent, nous prendrons tous les quatre le tram en direction du marché. Comme partout en Russie ces « trains de ville » sont rustiques, massifs et indestructibles, souvenirs de l’ère soviétique. Vous n’y payez ni en rentrant, ni en sortant comme c’est le cas dans les bus, mais un contrôleur vient à vous pour vous vendre le ticket, ce qui rend impossible toute fraude.

Sur le marché, notre petite bande se lance dans une razzia de gourmandasses terrible ! Les trajets en train vont être longs et il est temps de faire plaisir à nos papilles ! D’ailleurs celle-ci sont déjà fort échauffées et nous nous offrons un pot de ce fromage blanc solide entre la brousse et la faisselle, que l’on mélange ici à la « smitana » (de la bonne crème fraîche) et un bon pot de framboises du jardin à une mamie venue compléter sa maigre pension de retraite. Le goûter fût un plaisir extrême, vous l’imaginez bien, à deux pas du marché, à la chambre d’hôte où se sont installées les filles.

La soirée continue, tranquillement installés dans un café-fastfood local face à la gare. Une bonne partie de belote contrée (coinche) reprend, laissée la veille à Khujir. La sécurité finira cependant par venir nous demander d’arrêter… Aaaah, les cartes et les commerces ne font pas bon ménage, j’en avais déjà fait l’expérience à Paris. La faute aux jeux d’argent. Tant pis, une partie de baccalauréat arrangée prend la suite où Charlotte nous laissera tous sur le tapis !

Longue nuit à la gare

La gare d’Irkutsk et son quartier ressemblent à beaucoup de gares et leurs quartiers du monde. La nuit venue, un tas de personnes étranges rôdent aux alentours. La sécurité nous ayant d’abord refusé l’accès des halls et de la salle d’attente de la gare avec nos vélos, nous avons passé un bon moment dehors dans le froid saisissant des étés sibériens, pas très à l’aise bien qu’en sécurité dans cette ambiance de cour des miracles. Je dis bien en sécurité parce qu’au moindre mouvement suspect, la police survient en un clin d’œil et nul ne semble nier son autorité.

Finalement, après les multiples tentatives de négociations avec Elo, l’un des jeunes agents finira par nous laisser rentrer dans la hall principal. Avec les courants d’air il n’y fait pas très chaud mais nous sommes loin des 8 °C du dehors qui nous glacent les os.

Il est minuit à Moscou, heures de trains grandes lignes, 5h à Irkouskt. Après avoir somnolé et patienté près de 7h, le temps est venu de démonter porte-bagage et roue avant pour préparer l’emballage des vélos sur le quai. Tout se passe rapidement et à 7h nous sommes installés confortablement dans le train, au chaud, sur des couchettes. Le jour se lève, notre nuit commence enfin. Elo gardera tout de même un œil ouvert durant 2 heures pour ne pas louper la plus belle partie du transsibérien, celle qui longe le Sud du Baïkal, mais la vue sera embrumée, sans intérêt. Nous dormirons sans regret